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mercredi, 23 décembre 2020 10:01

La légende Corbalan

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L'homme devenu dauphin, Thierry Corbalan L'homme devenu dauphin, Thierry Corbalan Thierry Corbalan

Simplicité, sourires, résilience, exploits ! Quatre points cardinaux dans l'autobiographie que Thierry Corbalan, alias Le Dauphin corse, propose aujourd'hui au public. Amputé des deux bras, ce nageur d'exception et conférencier sur le thème du dépassement de soi, n'a de cesse d'illuminer la vie des handicapés comme des valides. Ajacciens et voisins d'Ajaccio, faîtes passer le mot : il sera en dédicaces à l'espace Leclerc aujourd'hui entre 14h et 17h.

Cela restera comme l'une des plus émouvantes, sinon la plus émouvante dédicace de ma bibliothèque : quelques mots manuscrits, ou plutôt moignonuscrits, écrits par un amputé des deux bras à la calligraphie supérieure à la mienne, dégénérée à force de négliger la plume pour le clavier d'ordinateur. La preuve par l'exemple que la volonté et l'entraînement font des merveilles... et l'introduction à un conte de fées contemporain.

 

Thierry Corbalan le dit volontiers : « les études, ce n'était pas mon truc ». Aussi ne cherchez pas références et perspectives littéraires dans sa petite autobiographie, simple et factuelle, mais quels faits ! Une petite histoire dans la Grande, la vie d'un homme né en Algérie en 1959 et qui a vécu, comme toute une génération, la « transition entre un passé construit et un futur à reconstruire. »

 

Sur fond de rapatriement, donc, se reconstruit l'histoire d'un gamin puis d'un homme passionné de natation et de judo, gardien de la paix et pêcheur à la ligne. Une vie presque ordinaire si ce n'est l'excellence sportive, mais qui n'a pas son point d'excellence et son domaine d'exception ? C'est le 23 mai 1988 que tout bascule. Une « terrible erreur » : ne pas replier sa canne à pêche en carbone en foulant un pont métallique. 25 000 volts dans le corps ! C'en est fait de ses bras et de son petit orteil gauche qui devront être amputés. Pour tant d'autres, l'accident aurait été le point final. Pour Thierry Corbalan, ce ne sera qu'une étoile noire, mais une étoile, dans sa vie qui, exploit après exploit, devient peu à peu constellation.

 

Pas de bras ? Cela n'empêche ni de courir, ni de faire des abdos ! Un genoux qui flanche et élimine les possibilités de compétition en course à pied ? Reste l'eau qui éclabousse les préjugés, l'eau qu'il avait tant de mal à quitter gamin, et qui va achever sa métamorphose. Nageur, puis nageur bipalme, puis monopalme de mieux en mieux équipé, autodidacte aux résultats impressionnants, dépassant la majorité des valides entraînés, tel Heat Ledger dans Chevalier, il sera bientôt pris sous l'aileron de Louis Pinci, qui, loin de s'en laisser conter, lui assène qu'il nage certes « vite », mais « comme un fer à repasser » !

 

Et de limites repoussées en frontières abolies, le fer à repasser est devenu « papillon sans ailes », « dauphin corse », sa terre d'adoption, mais champion international capable de nager un temps insolent en slip de bain au Groenland, pour prouver et se prouver que c'est possible. L'eau toujours... Elle est froide au Groenland ? « Tu vois bien qu'il s'en fout ! » lâche, en direct, un de ses soutiens. Jusqu'à l'apothéose, cette année, où j'ai entendu parler le lui pour la première fois, via le journal télévisé régional. 180 km en Méditerranée, en temps limité, pour l'anniversaire de Daniel Dulta, l'ami qui lui avait sauvé la vie par les tout premiers gestes de premiers secours en 1988.

   
A qui se plaindrait de son sort, il répondrait sûrement avec gouaille, de « ne pas baisser les bras ». A qui se laisserait enfermer, voire emmailloter dans une étiquette d'handicapé incapable de séduire, il rappellerait que, sans bras, il a dépassé encore et encore des chronos de sportifs valides de haut niveau et retrouvé l'amour. S'il a l'air de vouloir consacrer maintenant plus de temps aux conférences, et moins à la haute mer, il reste un formidable ambassadeur d'espoir, président d'association et, surtout, exemple à suivre. C'est l'utilité des plus grandes légendes que de véhiculer des vérités, des mythes devenus faits. Amputé des deux bras, mais pas de la vaillance, le Dauphin a beaucoup à nous dire sur nos limites et sur les prisons mentales que nous nous imposons. Quelque chose qui n'est pas dans le texte, mais qui jaillit entre les lignes, quelque chose comme : « Plonge et nage ! Elle est bonne ! »

Lu 431 fois Dernière modification le vendredi, 01 janvier 2021 15:02
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané. Co-auteur de "Cargèse autrefois ..." et "Cargèse autrefois... II" (Lacour), ainsi que d'"Ortelin, ficus bavard" (Leanpub).

Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

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