| Au rendez-vous des bistrosophes |
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| Écrit par Philippe Perrier |
| Dimanche, 18 Octobre 2009 17:37 |
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L'idée d'un bistro philo en Corse est née à Bastia, où il y eu jusqu'à douze professeurs de philo comme participants ! A Ajaccio, c'est Jérôme Ferrari, un agrégé de philo et remarquable romancier chez Actes Sud, qui mène la danse... tout en regrettant qu'entre douze et un, il ne se soit pas trouvé de juste milieu. Rendez-vous était donc pris dans les caves du Bistrot Internet , sur la principale artère d'Ajaccio, je vous le donne en mille le cours, le cours... Napoléon (de toute façon vous aviez une chance sur deux :-p ) . Nous étions une trentaine, intéressés par cette rencontre informelle, à pénétrer dans ce bistrot si sympathique, qui fait aussi bibliothèque populaire. Armé d'un Coca et de mon appareil photo, je plongeai sous les voutes de la cave, propices à l'intimité, à la discussion et au théâtre.
L'ambiance était chaleureuse et décontractée. Pascal, le patron du bistrot, se tenait à notre disposition en haut pour ravitailler les gorges sèches. Il faut, au passage, plus que saluer l'élan de cet homme qui fait passer les gens avant le business et s'applique à créer un lieu de convivialité où chaque peut apporter sa pierre, son livre, son expérience. La soirée commença donc. Jérôme avait prévu trois pistes pour nous guider. La première était grecque. Ces anciens Grecs qui ne se racontaient pas d'histoires, qui, justement, essayaient de vivre sans illusions. Il présenta le célèbre (et si raide) argument d'Epicure contre la peur de la mort. L'univers est matériel. Il est rien d'existant que des atomes et du vide. Quand je suis là, la mort n'y est pas. Quand elle est là, je n'y suis plus. Qu'est-ce que la mort pour moi ? Rien. De quoi ai-je peur quand j'ai peur de la mort ? Littéralement, j'ai peur de rien. Puis il enchaîna sur les réserves stoïciennes sur les illusions amoureuses, en particulier au regard de l'amitié. Il cita Marc-Aurèle, l'empereur philosophe, qui exerçait son esprit à ne pas se laisser aller à la griserie du pouvoir. "Souviens-toi que ta toge vient d'une peau de chèvre et que ta pourpre n'est que le sang d'un coquillage." Jérôme évoqua ensuite Kant et sa critique de la raison pure où sont détaillées les questions que la raison se pose nécessairement, sans qu'elle ne puisse y répondre. Ces impossibilités conduisent Kant à une raison pratique, c'est-à-dire morale, un saut que Jérôme ne partage pas. La troisième piste était nietzschéenne et Jérôme nous fit partager le contrepied du plus célèbre moustachu de l'histoire de la philosophie, qui, lui, défend les illusions nécessaires à la vie.
Vinrent ensuite les questions et la discussion libre, qui s'orienta pour l'essentiel sur les médias comme producteurs d'illusions. Les critiques furent rudes ! "Quand j'entends information aujourd'hui, je retiens essentiellement informe." lança mon voisin de droite, dont je devais faire la connaissance le débat clos, un architecte du nom d'Hughes FJ Rolland. De l'information, vous finîmes sans que je ne parvienne à me remémorer exactement la transition, sur une évocation du bouddhisme, présenté par Borges et Schopenhauer, bouddhisme pour qui la vie même est une illusion dont il faut se défaire comme on arracherait une flèche à un blessé. Mais attention, dans l'optique bouddhiste, le suicide, acte de désir, ne mènerait qu'à une réincarnation supplémentaire. C'est le désir de vivre, le "dur désir de durer", comme dirait Eluard, qu'il vaut éteindre comme une bougie que l'on souffle, sous peine d'errer sans fin de vie en vie. La rencontre close, nous prolongeâmes un moment la discussion à quatre : Jérôme, Hughes FJ Rolland, François-Marie Patorni, dont le cœur balance entre Ajaccio et Sante Fe et l'auteur de ces lignes. Prochain rendez-vous le vendredi 13 novembre. Pour parler de la superstition ?
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