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29 | 07 | 2010
Une soirée au Lazaret PDF Imprimer E-mail
Écrit par Philippe Perrier   
Mercredi, 24 Juin 2009 20:57

La quarantaine © Marc PetitLazaret : "Établissement où sont isolées les personnes ou les marchandises contaminées ou susceptibles d'avoir été contaminées par une maladie épidémique." (TLF)

Ajaccien indigne, je ne connaissais ni le Lazaret ni son propriétaire, François Ollandini, qui m'a accueilli très chaleureusement. Pourtant, pour être tout à fait honnête et sentir monter le rouge à mes joues, jusqu'à hier, je ne connaissais pas non plus exactement la définition du mot "lazaret". Circonstance atténuante, son origine n'est pas établie avec précision. Beate Kiehn, dans son Histoire du Lazaret d'Aspretto à Ajaccio évoque l'îlot Santa Maria di Nazaret à Venise, où un lazaret fut construit au moyen-âge, quand il s'agissait de se prémunir de la peste, du choléra ou de la fièvre jaune. A Ajaccio, aujourd'hui, le Lazaret est un lieu d'art, de rencontres et de débats, ce qui m'entraîne vers d'autres pistes interprétatives.

La quarantaine © Marc Petit

Nazaret, pourquoi pas ? Mais à mes yeux, ou plutôt à mes oreilles, Lazaret, c'est domaine le Lazare. Quelle idée étrange, ironique d'un côté (parquer les artistes à la périphérie de la ville, là où personne n'ira les chercher avant qu'ils ne soient devenus inoffensifs), forte comme une comptine de l'autre (après "passionnément", il y a "à la folie", après l'art neutre, le risque aigu de contagion). Dans l'évangile, Lazare ressuscite mais d'une manière différente de celle de celle de Jésus. Lazare retrouve son ancien corps, mais mourra bientôt. Jésus a revêtu son mystérieux "corps glorieux", si semblable et si différent de l'ancien que ses disciples, hommes et femmes, peinent d'abord à le reconnaître. En dévidant le fil de ma rêverie, c'est l'art comme Vita Nova qui me vient sous les doigts, l'art comme résurrection provisoire, en attendant, peut-être, l'autre, mystérieuse et voilée. L'art comme résurrection maladive, si vous me permettez l'oxymore.

 

Le saxo © Mathilde MatteiMais de cela, je n'avais pas conscience hier, découvrant presque comme une incongruité peu conviviale les sculptures de Marc Petit, variations giacomettiennes sur la décrépitude des corps, échos sans fin  (mais je ne le savais pas encore) du traumatisme qu'a été pour lui la mort de sa grand-mère. Invité par Frédéric Ferderzoni, le sympathique papa de Petru Santu (dont je vous parlais ces jours-ci) je ne demandais qu'à découvrir la scène artistique ajaccienne. Je ne fus pas déçu. Le vernissage ouvrait le festival "Jazz in Aiacciu", qui propose des concerts de qualité du 24 au 27. Si les musiciens de jazz n'étaient pas encore là, les peintures inspirées par la musique étaient déjà visibles. Laissez-moi vous présenter, avec l'aimable autorisation de l'artiste, ma préférée : "le saxo" de Mathilde Mattei, tout de blues vêtu. On croit l'entendre jouer, se tordre juste ce qu'il faut, entre concentration et plaisir. Des  jeux sur les visages de stars comme Baschung ou Gainsbourg par exemple, étaient également visibles. 

 



La musique : œuvres en techniques mixtes © Mathea

La mise en scène n'était pas oubliée, notamment dans la présentations de œuvres de Mathea, dont les petits formats, côte à côte, permettaient  l'œil se passer insensiblement d'une technique à l'autre, toujours sur le thème de la musique. Au fur et à mesure de ma visite, je prenais davantage conscience et maudissais davantage mon ignorance en matière de peinture. Une occasion de relire, au moins, l'ouverture d'En lisant en écrivant. Peut-être les salons de Baudelaire. Donner raison ou non à Gainsbourg et à sa célèbre critique de la chanson comme art mineur par rapport à la peinture. Apprendre à voir... Si tant est que l'on puisse apprendre.



Youri Gautier et son violoncelle accompagnant, sur une suite de Bach, la statue de Marie Line Monferrini intitulée Le Miracle

Peinture, mais aussi sculpture et musique, avec notamment une pièce poignante, que je regrette de ne pas pouvoir vous présenter en 3D : "Le miracle" de Marie Line Monferrini. Sculpture de l'amour fusionnel, mélange d'immobilité et d'invitation à la danse, étreinte qui serait presque un écrasement si sa couleur et son harmonie ne la sauvaient par la pureté, cette œuvre m'a fasciné, d'autant qu'elle porte une légende. Initialement appelée Jules et Jade, la sculpture, qui date du mois dernier, est la seule survivante d'un accident de four de cuisson (elle est en terre cuite, le four utilisé pour faire cuire ce genre de sculptures monte jusqu'à 1 200 °) A feu, tout éclate sauf  l'étreinte... A méditer. En arrière-plan, le violoncelliste, Youri Gautier, interprétait avec un très grand talent les suites de Bach, ajoutant encore à mon émotion. Proche de la voix humaine, du baryton en particulier, le violoncelle fut utilisé pour la première fois par Bach comme instrument soliste. Youri Gautier rêve de faire connaître sa musique, il compris dans la dimension contemporaine. On ne peut que lui souhaiter un immense succès. 

Les Dalton du rire ajaccien : de gauche à droite Dédé, Federzoni, Nino et AlIn cauda venenum, laissez-moi  vous présenter quatres grands amis, macagneurs (taquineurs) pratiquants, baptisés et confirmés. Dédé, tout à gauche, n'est pas auteur de BD, mais la bande ne serait pas ce qu'elle est sans lui. C'est à Nino, le plus féroce, que l'on doit ce pape alien, vert de rage et dégainant ses crucifix contre la capote. Cela peut choquer de la part de votre serviteur, qui a signé dans Communio, mais d'une part ce genre de potacherie me fait rire, et d'autre part leur chaleur humaine aurait de quoi en remonter à quelques grenouilles de bénitier. De plus, ce n'est pas un mystère que Benoit XVI n'est pas un as de la communication auprès du grand public (et parfois jusqu'auprès de ses évêques, cf l'affaire Williamson). Enfin, c'est qu'il est bien gênant, pour la morale religieuse, ce petit bout de latex qui permet de s'envoyer en l'air sans risques, du moment qu'on l'utilise correctement.

 En conclusion, une belle soirée de contacts et de découvertes. Pas forcément le meilleur moment pour faire des photos et se mettre en présence des œuvres, mais un vernissage est d'abord un moment social. Un grand merci à Frédéric Ferderzoni et aux Dalton. Je tremble déjà de me voir caricaturé, moi, mon dictaphone dans une main, mon carnet dans l'autre, mon stylo dans la troisième et l'appareil autour du cou.

Avant de partir, en forme d'autodérision pour ma manie récente de la photo, un petit diptyque que l'on doit à Al, lequel possède une jolie plume pour le dessin de presse. Il stigmatise bien entendu un tic des touristes en Corse, mais je mentirais en disant que, comme photographe débutant, je ne me suis pas senti visé.

Action... © Al

 



Réaction... © Al

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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19.07.10
@IamPascal Pascal, numéro 1, ça ne veut pas dire bon. Qui sait ? La concurrence est peut-être pire. #sfr
18.07.10
@oneeyepied Je sais, un membre associé de l'ACBD (www.acbd.fr) si peu actif, c'est un scandale. Préparez le goudron et les bulles :-)
18.07.10
@oneeyepied Il y en a aussi deux ou trois sur www.quelquesplumes.info, mon site : http://bit.ly/ahlakw
18.07.10
@oneeyepied D'autres sont visibles sur lexpress.fr (Loisel : http://bit.ly/dvtNJn, Blake & Mortimer : http://bit.ly/cHrhR9)
16.07.10
Petit point sur les stats de quelquesplumes.info qui vient de passer le cap des 20 000 clics : http://bit.ly/d0cwtR
16.07.10
http://blog.jeuxdepied.org : podcast très sympa de passionnés de BD.
16.07.10
@IamPascal @nk_m ? Celle qui met une majuscule à Prospective et Développement, mais ni à économie ni à numérique ?
16.07.10
France.fr : le panache français est indisponible. Veuillez nous excuser pour le dérangement. Tout un symbole.
14.07.10
Internet nominé pour le Nobel de la paix ! http://bit.ly/diOXs3 Spectaculaire, mais qui sont les autres candidats ?
11.07.10
Hier soir, festival du polar à Ajaccio. Le ministre français de la culture passe sans saluer les auteurs, qui d'ailleurs le boudent.
11.07.10
Crénomdiou ! A tous les coups, "Castle" sera repoussé demain soir. Tout ça pour ça ? http://bit.ly/aYJ5T7
06.07.10
Charmeur, drôle, populaire, délicieusement cliché, vive "Castle" ! http://bit.ly/90rQqu