| Une soirée au Lazaret |
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| Écrit par Philippe Perrier |
| Mercredi, 24 Juin 2009 20:57 |
Lazaret : "Établissement où sont isolées les personnes ou les marchandises contaminées ou susceptibles d'avoir été contaminées par une maladie épidémique." (TLF)Ajaccien indigne, je ne connaissais ni le Lazaret ni son propriétaire, François Ollandini, qui m'a accueilli très chaleureusement. Pourtant, pour être tout à fait honnête et sentir monter le rouge à mes joues, jusqu'à hier, je ne connaissais pas non plus exactement la définition du mot "lazaret". Circonstance atténuante, son origine n'est pas établie avec précision. Beate Kiehn, dans son Histoire du Lazaret d'Aspretto à Ajaccio évoque l'îlot Santa Maria di Nazaret à Venise, où un lazaret fut construit au moyen-âge, quand il s'agissait de se prémunir de la peste, du choléra ou de la fièvre jaune. A Ajaccio, aujourd'hui, le Lazaret est un lieu d'art, de rencontres et de débats, ce qui m'entraîne vers d'autres pistes interprétatives. Nazaret, pourquoi pas ? Mais à mes yeux, ou plutôt à mes oreilles, Lazaret, c'est domaine le Lazare. Quelle idée étrange, ironique d'un côté (parquer les artistes à la périphérie de la ville, là où personne n'ira les chercher avant qu'ils ne soient devenus inoffensifs), forte comme une comptine de l'autre (après "passionnément", il y a "à la folie", après l'art neutre, le risque aigu de contagion). Dans l'évangile, Lazare ressuscite mais d'une manière différente de celle de celle de Jésus. Lazare retrouve son ancien corps, mais mourra bientôt. Jésus a revêtu son mystérieux "corps glorieux", si semblable et si différent de l'ancien que ses disciples, hommes et femmes, peinent d'abord à le reconnaître. En dévidant le fil de ma rêverie, c'est l'art comme Vita Nova qui me vient sous les doigts, l'art comme résurrection provisoire, en attendant, peut-être, l'autre, mystérieuse et voilée. L'art comme résurrection maladive, si vous me permettez l'oxymore.
La mise en scène n'était pas oubliée, notamment dans la présentations de œuvres de Mathea, dont les petits formats, côte à côte, permettaient l'œil se passer insensiblement d'une technique à l'autre, toujours sur le thème de la musique. Au fur et à mesure de ma visite, je prenais davantage conscience et maudissais davantage mon ignorance en matière de peinture. Une occasion de relire, au moins, l'ouverture d'En lisant en écrivant. Peut-être les salons de Baudelaire. Donner raison ou non à Gainsbourg et à sa célèbre critique de la chanson comme art mineur par rapport à la peinture. Apprendre à voir... Si tant est que l'on puisse apprendre. Peinture, mais aussi sculpture et musique, avec notamment une pièce poignante, que je regrette de ne pas pouvoir vous présenter en 3D : "Le miracle" de Marie Line Monferrini. Sculpture de l'amour fusionnel, mélange d'immobilité et d'invitation à la danse, étreinte qui serait presque un écrasement si sa couleur et son harmonie ne la sauvaient par la pureté, cette œuvre m'a fasciné, d'autant qu'elle porte une légende. Initialement appelée Jules et Jade, la sculpture, qui date du mois dernier, est la seule survivante d'un accident de four de cuisson (elle est en terre cuite, le four utilisé pour faire cuire ce genre de sculptures monte jusqu'à 1 200 °) A feu, tout éclate sauf l'étreinte... A méditer. En arrière-plan, le violoncelliste, Youri Gautier, interprétait avec un très grand talent les suites de Bach, ajoutant encore à mon émotion. Proche de la voix humaine, du baryton en particulier, le violoncelle fut utilisé pour la première fois par Bach comme instrument soliste. Youri Gautier rêve de faire connaître sa musique, il compris dans la dimension contemporaine. On ne peut que lui souhaiter un immense succès.
En conclusion, une belle soirée de contacts et de découvertes. Pas forcément le meilleur moment pour faire des photos et se mettre en présence des œuvres, mais un vernissage est d'abord un moment social. Un grand merci à Frédéric Ferderzoni et aux Dalton. Je tremble déjà de me voir caricaturé, moi, mon dictaphone dans une main, mon carnet dans l'autre, mon stylo dans la troisième et l'appareil autour du cou. Avant de partir, en forme d'autodérision pour ma manie récente de la photo, un petit diptyque que l'on doit à Al, lequel possède une jolie plume pour le dessin de presse. Il stigmatise bien entendu un tic des touristes en Corse, mais je mentirais en disant que, comme photographe débutant, je ne me suis pas senti visé.
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