Certains le savent déjà, je pratique le jeu d'Histoire (et le plus souvent, je pratique le jeu d'Histoire le jeudi soir...). Mais en jeu d'Histoire, je suis plus pousseur de pion, que pousseur de figurines. Raison en est le découragement à l'idée de peindre les centaines de figurines nécessaires à cette activité, par ailleurs splendide visuellement, tout en restant très ludique.
Bonsoir Mina, bonsoir Missia, bonsoir Pépé, Mémé, tout l’arbre de mes ancêtres que nous n’avons pas réussi à reconstituer plus loin que le XVIIIe siècle. Bonsoir famille de cœur, monsieur Ringade, humble et saint organiste de Cargèse, que je n’ai jamais oublié ; bonjour l’ami parti avant, Jean-Philippe, qui doit maintenant voguer entre ciel et Terre, sur l’océan des lunes de Diane. Bonsoir à tous, bonsoir au début de la nuit.
Quel jour idéal pour les nouveaux départs !
C’en est bientôt fini, j’en ai peur, des dates rigolotes de début de siècle, les 01-01-00, 01-02-03, 04-05-06 et autres fantaisies dont on a presque abusé. Pourtant, quel appel à l’héroïsme, une Toussaint qui tombe le 1-11-11 : passer du néant à la plénitude, et de la plénitude en plénitudes qui n’ont jamais de fin.
Même après une éducation catholique et le lycée chez les Dominicains, je ne suis pas certain d’avoir bien compris ce qu’on entendait, en catholicisme, par la sainteté.
Madame,
Il ne faut pas accorder trop d’importance aux hochets. Les plus belles plumes françaises ont le leur avec l’Académie française où quarante d’entre elles acceptent régulièrement de s’entendre appeler « immortel » avant de mourir l’une après l’autre dans la plus grande urbanité.
D’autres français aussi ont le leur. Quand un homme ou une femme me dit : « S’il me faut perdre un bras arraché par une grenade, qu’il en soit ainsi. Si je dois perdre les deux, que cela arrive. Si je dois perdre tous mes membres, me prendre une balle en plein cœur, en pleine tête, mourir ou voir mourir mes camarades sur un théâtre d’opération que je n’ai pas choisi, au service d’une politique que peut-être ne n’approuve pas, où dois-je signer ? » Je lui réponds qu’il ou elle est l’honneur et la gloire de la France, le rempart de son rempart. Si pour prix de sa peine il demande un cordon, des rubans, des bouts de métal et un défilé, je serai aussi sévère avec lui qu’avec l’Académie en déclarant que ces hochets, il les mérite et je ne les mérite pas.
Serviteur,
Nous avions pourtant toujours été voisins. Il était là, au-dessus de mon école primaire, tout près de la paroisse du Sacré Cœur où j’allais gamin avec mes parents. Une statue noble, jeune, presque hiératique : il s’était passé quelque chose.
Plus tard, plus tard seulement, j’eus la curiosité de m’approcher, mais de m’approcher vraiment de la statue : Fred Scamaroni, héros de la résistance.
Le fond de l’air m’effraie. Car après tout, à la fin, il faudra bien la dire, la vérité. Ils arrivent, ils sont là, ils disent qu’ils croient en Dieu, mais nous, nous croyons vraiment en Dieu et nous savons, nous, comment il faut l’adorer. Non, la vérité, il faut la dire, on la doit à nos enfants : ils viennent voler nos terres.
Qui ? Mais les Grecs bien-sûr, et nous sommes en Corse au XVIIe siècle, n’est-ce pas ? Cargèse, Cargèse, tu as tant à dire au monde sur les grandes migrations en Méditerranée.
Nous sommes le 3 octobre 1675, environ huit cents Grecs du Péloponnèse débarquent en Corse, fuyant l’envahisseur ottoman après une résistance héroïque. La Corse est alors génoise. La Sérénissime République de Gênes a pris sous son aile ces réfugiés, mais non sans conditions, dont la principale fut le genou plié devant l’autorité du Pape pour, d’orthodoxes, devenir ce que l’on appelle aujourd’hui des catholiques uniates (c’est-à-dire unis à Rome). Le même rite, exactement le même rite que les orthodoxes, mais pas le même patron.