Je l’ai vu, je l’ai lu chez Tolkien à travers le personnage de Sam le Jardinier, qui porte à la fois son maître et le fardeau de la quête dans Le Seigneur des anneaux. Je l’ai vu et revu dans le Jésus de Zeffirelli, qui fut le véritable évangile de ma jeunesse, à travers Joseph qui accepte l’impossible sans comprendre et meurt avant le magistère terrestre de son fils adoptif. J’ai rêvé et rêvé, comme on veut faire plaisir à ses parents et au Ciel auquel on croit si fort, à ce que je pourrais faire, moi, pour devenir un saint, à ma définition du saint.
J’ai d’abord pensé que le saint n’était pas l’homme ou la femme parfait, mais celui ou celle dont la contrition, c’est-à-dire la douleur d’avoir offensé Dieu, était parfaite. A cette aune-là, mon cas était sans espoir : la règle était bien dure et doux comme le miel il était de temps en temps, pour ne pas dire souvent, de l’envoyer paître, en pensée, parole, action ou omission. J’ai dérivé ensuite à une espèce de théorie des vases communicants, le saint étant celui qui obtient tout pouvoir sur le monde invisible en renonçant à toute emprise sur le visible. J’ai même eu un projet de saga là-dessus. Cela s’appelait Les Larmes d’Azazel. J’y ai pensé longtemps, vraiment longtemps, avant de me rendre compte, sur un sonnet crucifiant, que Baudelaire y avait déjà pensé avant moi, pas exactement selon les mêmes lignes bien entendu, mais bien avec le même point de fuite à l’horizon et avait conclu lui aussi à l’impasse théologique.
Que reste-t-il alors ? Peut-être le plus difficile : l’acceptation, la soumission au réel, père de l’existence. Ne pas renoncer à l’imaginaire, Esprit du réel, mais accepter, peut-être, de ne pas y avoir le premier rôle. On fait ce qu’on peut. Sa Sainteté le Dalaï-Lama s’est emparée de Twitter de Google +, laissant vide un espace que Benoît XVI, référencé Benoît XIV alors que le compte Twitter semble bien être authentique, ne veut pas ou n’a pas conscience de l’urgence à occuper. Ces deux saintetés resteront dans l’Histoire. Je vous parie qu’elles s’en moquent comme d’un accident posthume, toutes occupées qu’elles sont de l’avenir du monde. Que suis-je à leur échelle ? Rien, deux fois rien : une plume, mais toute la noblesse est là, quand le vent sacré vient agiter une plume, s’envoler sans se croire être l’auteur du vent.