mercredi, 17 mars 2010 20:24

Pourquoi je ne regarderai pas le jeu de la mort à la télé ce soir

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« Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons, »

Charles Baudelaire, Au lecteur


Fait exceptionnel, j’ai même reçu un SMS d’un proche pour m’inciter à regarder Le jeu de la mort. Si vous ne savez pas encore de quoi il s’agit et si vous voulez déflorer le suspens, ça se passe par exemple ici C’est sans doute la première faille de l’émission : même un réfractaire à la télé comme moi a déjà vu dévoilé le pot- aux-roses plusieurs fois ces jours-ci rien qu’en surfant régulièrement sur le net. S’il vous reste un peu d’innocence et de confiance dans le service public, libre à vous, l’auteur de ces lignes décline toute responsabilité pour les spoilers qui vont suivre.


Car enfin que veut-on prouver ? Que l’autorité d’une blouse blanche, d’une animatrice ou d’une caméra frappe l’imagination ? C’est Nietzsche, il me semble, qui disait déjà : « Voir souffrir fait plaisir ». C’est toute la mythologie judéo-chrétienne, à laquelle j’adhère toujours sur ce point, qui nous le répète depuis des milliers d’années : le ver est dans le fruit, notre âme est  en partie abjecte. Ce sont des films aussi apparemment, que je n’ai pas vus, comme I comme Icare, qui reviennent dans les commentaires des internautes.  C’est Didier Van Cauwelaert dans l’extraordinaire et grand-guignolesque final de L’Evangile de Jimmy, autrement plus audacieux, impensable à la télé. Ce sont enfin, si on n’aime pas Van Cauwelaert, les grands maudits : Baudelaire, Lautréamont qui nous en ont donné des pages inoubliables, enfin, je les croyais inoubliables, mais félicitons néanmoins France 2 de découvrir la roue.  Deuxième faille donc.


Troisième faille, la loyauté de la preuve. Un gendarme, renseignez-vous, n’a pas le droit d’aller trouver un dealer pour lui demander de l’ecstasy et procéder ensuite à une arrestation si le dealer propose une vente. A pousser au crime, on obtient le crime et on se salit sans rien démontrer. C’est même un cas d’école en fac de droit. Le débat, je ne sais plus sur quelle chaîne (peut-être sur France 2 d’ailleurs) sur le film La rafle, c’était une autre affaire.  Une affaire de mémoire et de dignité, même s’il est toujours délicat de choisir des acteurs connus pour des personnes historiques. Avec Le jeu de la mort, je crains trop un ambigu « délectez-vous ce que vous ne voudriez pas voir mais que nous vous montrons quand même. »


En somme, de loin, mais sans complexe, je m’en vais me dispenser d’une approche qui me semble bien naïve et racoleuse de l’âme humaine, et, ne trouvant aucun intérêt en soi dans la télévision comme objet d’étude, me libérer une soirée de lecture.

Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 18:09
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

Website: www.quelquesplumes.info