La peindre avec des mots
Seize mille. Seize mille tableaux dans la collection du Cardinal Fesch à sa mort. Le chiffre est incroyable. Pour le comprendre, une comparaison : avec ce qu’il en reste à Ajaccio, le musée Fesch se classe en deuxième position en France pour la peinture italienne derrière… le Louvre. Ce qu’il en reste ? Un millier de toiles. C’est dire si la rue Fesch, qui abrite le musée, n’est pas seulement une artère commerçante et piétonne, mais aussi une fierté, qu’il faudrait peindre avec des mots.
Le premier serait un peu savant : « palimpseste », un parchemin dont on a effacé le texte pour réécrire par-dessus. Pour notre rue, ce n’est peut-être pas « sous les pavés, la plage », mais, incontestablement, « sous le bâti, le maquis. » Sa physionomie, en effet, épouse aujourd’hui le tracé du rivage d’hier, quand la chapelle Saint Roch était à juste titre appelée San’ Roccu sul’ Mare, Saint-Roch-sur-la-mer. Palimpseste jusque dans la chapelle, où l’on a retrouvé, il y a peu, des fresques sous la chaux…
Le deuxième mot serait « U borgu », le faubourg. Fable curieuse d’ailleurs, que ce mouvement de balancier entre A citta, la vieille ville génoise, et le faubourg corse, qui embrassa les idées de la Révolution et d’où Bonaparte s’échappa en 1793…
« Trompe l’œil » serait le troisième mot, en référence à l’une (sic) des maisons natales de Danièle Casanova (une autre étant signalée dans la vieille ville)et d’autre part, comme le rappelle Maurice Bazinet, président de l’association des amis de Tino Rossi, en clin d’œil à la nouvelle numérotation, qui place au la maison natale de Tino au 45, alors que le célèbre chanteur est né au 43.
Il faudrait parler aussi de « solidarité », si présente dans la mémoire des anciens et dans la démarche des confrères menés par Mimi Vitali, d’ « éternité » dans la chapelle impériale, de « modernité », enfin, pour ce fameux musée que l’équipe de Philippe Costamagna rouvrira le 26 juin avec une nouvelle muséographie, une climatisation et une sécurité dernier cri, mais aussi un département de peintures corses. Une invitation à arpenter la rue, au moins seize mille fois...
