lundi, 21 mars 2011 20:49

Fred Scamaroni, héros de la résistance

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Je croyais sa flamme morte, vouée à l’histoire ancienne. C’est avec émotion et les larmes aux yeux que j’ai assisté avant-hier au 68e anniversaire du suicide héroïque de Fred Scamaroni.

Nous avions pourtant toujours été voisins. Il était là, au-dessus de mon école primaire, tout près de la paroisse du Sacré Cœur où j’allais gamin avec mes parents. Une statue noble, jeune, presque hiératique : il s’était passé quelque chose.

Plus tard, plus tard seulement, j’eus la curiosité de m’approcher, mais de m’approcher vraiment de la statue : Fred Scamaroni, héros de la résistance.


Avant moi le déluge… Il aura fallu que mon ami Jean-Michel, alias le professeur Deux-Chevaux quand il anime avec talent les cafés-philo au bistro du cours, m’informe de la cérémonie et m’invite à y participer pour que, surpris et ému, j’accepte sans hésiter, apprenant du même coup de Fred Scamaroni, l’un des tous premiers français libres pendant la seconde guerre mondiale, s’était suicidé avec un fil de fer à l’âge 29 ans (j’en ai aujourd’hui 34) quand, capturé et torturé, il avait choisi de garder à tout prix les secrets de la résistance.


Pas grand-monde pourtant, pas d’enfants. Le Préfet évidement absent, alors qu’il vient tous les ans, pour ne pas interférer avec la campagne électorale des cantonales. Un discours sobre et beau d’une responsable associative nationale vouée à la mémoire de la résistance. Les drapeaux. Les gerbes, les officiels, la Marseillaise, le Chant des partisans et la sonnerie aux morts. J’ai failli pleurer pendant le Chant des partisans, pleurer de lumière comme une torche allumée à un feu que je croyais perdu, pleurer comme si une étincelle immense du courage de Scama, rien qu’une étincelle, je ne peux en porter plus, brûlait désormais en moi. Transmission d’âme.


Oh, je ne vous ferai pas le coup du résistant de la 26e heure. Je ne jouerai pas non plus au biographe. D’autres que moi l’ont fait, certainement avec talent et je les lirai bientôt. Je n’en suis pas à une pensée ou un discours sur la résistance, simplement à une émotion (mais de quelle force !) et à un barrage saboté. Fred Scamaroni est né en 1914. 1914, ce n’est pas l’histoire d’ancienne : c’est pile l’âge qu’il lui aurait fallu pour être mon grand-oncle, un petit frère de ma mina.


Je ne ferai certainement jamais partie, au péril de ma vie, d’un vrai réseau de résistance, ou en mettant la condition expresse de n’avoir qu’un seul contact et certainement pas le chef de réseau, trop conscient de mes faiblesses et certain de craquer à la première heure de torture quand Fred Scamaroni a pu écrire avec son sang : « Je n’ai pas parlé. Vive De Gaulle ! Vive la France ! » et toiser ses bourreaux d’un grandiose : « Vous ne savez pas ce que c’est que l’honneur. »


Il a payé de sa vie pour que je n’ai pas à payer de la mienne, mais la résistance, le discours l’a bien rappelé, est aussi une attitude à conjuguer au présent. Etrange et beau encore une fois que la flamme m’ait été transmise par un amateur de philosophie plein d’auto-dérision, une Deux-Chevaux en résistance contre la médiocrité du monde, la bêtise, le conformisme et le refus de penser. Le professeur Deux-Chevaux… Non pas un masque, mais un nom de code, un nom de réseau…


Pourtant, avant d’être pris dans les tourbillons du journalisme, je fus moi aussi un petit résistant en lutte contre la médiocrité de l’université. Jeune et inconscient, je voulais créer un annuaire des mémoires de maîtrises et de DEA en Lettres et Sciences humaines, pour éviter que des petits malins n’aillent chercher à Marseille un mémoire à photocopier et soutenir à Lille, ou que des gros paresseux ressortent du tiroir un année sur quatre exactement le même sujet de mémoire à donner pour la xième fois à un de leurs étudiants. Scandalisé que j’étais qu’un mémoire à bac +4 ou +5 ne vaille, dans les faits, que le prix de la photocopie.


Une résistance en Deux-Chevaux, l’audace de dire non aussi souvent que nécessaire, et d’autant plus fermement qu’il y a peu de chances aujourd’hui qu’on vous en arrache les ongles et qu’on vous brûle au fer rouge comme on le fit pour votre grand-oncle en héroïsme. Une amie, la semaine dernière, m’a fait l’honneur de trouver mon texte sur la montée de la haine en France « courageux ». Ce n’était évidemment pas ça, mais une simple envie de se regarder dignement dans la glace. Le courage, je cherchais un modèle sans le savoir, c’était lui. Je ne ferai à côté jamais rien de mieux qu’ « honorable ».


Une résistance en Deux-Chevaux… Peut-être est-il temps, je ne vous en avais jamais parlé sur Quelques Plumes, de vous livrer le nom de mon université utopique, totalement virtuelle et mort-née. Un nom cousin du professeur Deux-Chevaux, un nom de code et de réseau : elle s’appelait Yakoala.

 

Ailleurs sur le net...

Biographie de Fred Scamaroni sur le site Curagiu

Biographie de Fred Scamaroni sur le site des Amis de la Résistance en Corse du Sud (ANACR 2A)

Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 18:10
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

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