mercredi, 23 février 2011 16:20

¡ Venid a ver la sangre por las calles !

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Qui l’eût cru ? Et qui se souvient aujourd’hui, devant l’ampleur des évènements, de la « révolution » Cantona ? Comment rester muet devant les révolutions arabes ? Comment ne pas menacer immédiatement et collectivement de représailles militaires les tyrans qui promettent et commencent à faire couler des « rivières de sang » ?

C’est sûrement beaucoup plus compliqué, on vous l’accorde. On n’y comprend rien en politique internationale, c’est entendu. La Lybie, c’est loin ? Là je ne joue plus. La vocation des rivières est de se jeter dans la mer. La Lybie, c’est la Méditerranée que j’ai sous ma fenêtre. Je veux bien qu’une plume ne pèse presque rien, surtout les miennes, mais tout est dans le presque. Une histoire d’honneur, de conscience. De grandeur et de gloire.


« Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé. Contre nous, de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé. » Ca ne vous rappelle rien ? Je ne connais rien à la Lybie et la mention d’un sang « impur » dans la Marseillaise me gêne comme un furoncle que l’on verrait trôner sur le nez de Laetitia Casta, suivi de deux verrues sur les joues à l’idée qu’on l’on puisse arroser un sillon de sang. Tic de petit-fils de paysan peut-être. Je ne connais rien à la Lybie et je veux bien que la realpolitik, ce soit compliqué, mais il y a des principes et aujourd’hui, fête de la saint Lazare, en mémoire des morts qui ne ressusciteront pas, je me sens arabe et lybien autant que français, grec et corse.


En principe, la France est un pays de panache, le pays du Cid et de Cyrano de Bergerac, sommets de son théâtre dans le cœur du peuple à défaut de l’être dans celui des doctes. En principe, la Liberté, fière et poitrine nue, guide notre peuple. En principe, en France, devant l’horreur, on ne se contente pas de dire publiquement son horreur, on se souvient du temps où les nobles allaient redoutables, la rapière au côté.


Il y a des jours où je regrette d’être un fou d’échecs et non un cavalier. Un intellectuel et non un guerrier. Condamner, c’est bien. Condamner à l’ONU, encore mieux, mais où sont les casques bleus pour protéger les civils et menacer, arme à la main, de riposter à balles réelles et bombes réelles ? Des gaz lacrymogènes, ce n’est rien et je ne sortirais pas de mes gonds pour si peu, attendant la fin du bras de fer, priant pour la démocratie, espérant que nos diplomates travaillent jour et nuit en coulisse pour sa victoire, avec l’hypocrisie qui sied à leur charge et le secret que des inconscients leur contestent.


Et que voit-on ? Si la démocratie vous dérange, on vous envoie les forces françaises pour la réprimer en Tunisie ? Oups, j’ai gaffé et je démissionne ?? Que nenni, j’envoie mon plus brillant diplomate pour vous traiter de « débiles », diplomate qui s’excuse, mais qui ne démissionne pas et vous ferait presque donner raison à Wikileaks.


Impression de gabegie morale, de désastre de la conscience, de la légende nommée France. Dire que Sambre est peut-être en train de se dérouler à l’instant même, et que ne m’en parviennent que des étincelles de Méditerranée. Des sanctions économiques et financières ? Pourquoi pas ? Ca consolera les cadavres.

Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 18:10
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

Website: www.quelquesplumes.info