vendredi, 03 décembre 2010 02:00

"Ah la belle idée que voilà !"

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Une fois n’est pas coutume, quelquesplumes.info diffuse quelques communiqués de presse inédits relatifs à l'actualité immédiate, en l'occurrence la révolution Cantona du 7 décembre. Extraits et billet, si j’ose dire.

 

[NDLR pour ceux qui auraient loupé le début du film : Eric Cantonna, que l'on ne présente plus, lance sur le web une idée qui rencontre un écho international. En substance : si tout le monde vide son compte en banque en même temps pour réclamer du liquide, le système s'effondre et c'est la révolution. Des dizaines de milliers d'internautes affirment déjà le prendre au mot et retireront peut-être leurs (maigres ?) avoirs le 7 décembre.]

"A grand pouvoir, grande responsabilité." Spiderman

"Prends garde à la peur, l'agression, elles mènent à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance.
Elles forment le côté obscur de la Force. Si une fois tu t'engages sur le chemin du côté obscur, à jamais il dominera ton destin..."
Maître Yoda

"Le système bancaire mondial ne le sait pas encore, mais il est déjà mort." Ken le survivant


"L'amicale des cambrioleurs internationaux, en association avec la fédération française du vol à l'arrachée, remercie chaleureusement Eric Cantona pour toutes les sommes d’argent liquide faiblement protégées qui vont bientôt être mises en circulation."


"Le syndicat des boulangers félicite vivement Eric Cantona pour la perspective alléchante de se faire payer bientôt la baguette non pas 0.8€, ou 1€ mais un lingot d'or, valeur refuge."


"La fédération française des dégâts des eaux exulte de savoir que Monsieur Balmont ne pourra plus obtenir de crédit de sa banque suite à l'inondation récente de son magasin qui a ruiné son outil de travail."


"La ligue des amateurs de jeu de rôle post-apocalyptique se réjouit de pouvoir bientôt faire du grandeur nature."


"La confrérie des milices privées salue les gigantesques perspectives de marché que lui offre l’idée de monsieur Cantona dans le segment des CSP +++++ pouvant payer, littéralement, rubis sur l’ongle. "


"L’orchestre philarmonique de Prague, qui n’en demandait pas tant, n’a pas de mot assez forts pour louer le retour des temps héroïques où un nouveau Conan le barbare pourra pénétrer avec audace les tours de tyrans, s’approprier leurs pierres précieuses pour les offrir à une femme."

"Longchamp, maison française de qualité depuis 1948, rappelle qu'elle propose des sacs du dernier chic et recommande ses produits pour transporter les petites coupures."

"Saint Ambroise, fêté le 7 décembre et contacté par spiritisme au mépris du catéchisme romain,  eut préféré qu’il jouât jadis pour Milan."


Je pourrais continuer, mais baste. On peut rire deux minutes des choses les plus graves, mais il y a un moment où faut revenir, au moins un peu, au sérieux.


Puisqu’on a beaucoup parlé et contesté l’idée du "chacun son métier" dans cette affaire, je voudrais prendre à mon tour la parole et répondre modestement à Eric Cantona, qui ne lira sûrement jamais cette page, mais qu’importe. Je m’en sens tout à fait légitime, d’une part, car moi aussi je peux dire n’importe quoi avec les meilleures intentions (et je pense que personne ne doute sérieusement de ses intentions), et d’autre part car je suis, au moins sur un point, l’égal de Cantona en valeur absolue. Je ne m’intéresse pas du tout, et c’est mon droit le plus strict, au football, mais si j’ai bien compris, Cantona est l’un des meilleurs attaquants de tous les temps. Qu’il soit donc permis à l’un des plus mauvais, capable enfant de rater à répétition des buts immanquables avec un gardien parti ailleurs et sans arrières pour contrer, de shooter à côté d’un un but vide, oui vous avez bien compris ; à quelqu’un dont le métier est presque de ne pas jouer au football, de saluer l’orfèvre d’un domaine où non seulement il n’y connaît rien, mais encore où il explose les limites de l’incompétence.


Cher Eric, vous êtes une idole internationale, ce qui donne à chacune de vos paroles un impact considérable. Vous voulez faire avancer le débat, ce qui est noble, mais, excusez-moi de vous demander pardon, votre cours d’économie de comptoir de me fait ni rire ni rêver.


Le texte de l’interview aurait été : "Je suis footballeur et acteur, j'y connais rien en économie mais la misère me révolte et je ne peux plus vivre avec. Je sacrifie toute ma fortune pour lancer la Banque du Cœur comme Coluche a lancé les Restos du Cœur. Je deviens salarié de cette banque payé au SMIC. J'appelle les meilleurs banquiers, les meilleurs économistes du monde, les as du marketing et de la vente et tous les autres à me rejoindre, à sacrifier leurs salaires et leur fortune parce qu’il faut enfin que les choses changent et qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie ; j'appelle tous les clients à changer de banque pour ma banque. Je n’augmenterai mon salaire que quand le plus humble des êtres humains aura de l’eau, de la nourriture, un toit, une santé et une éducation. Nous avons perdu notre grandeur, nous avons perdu notre panache : il faut une nouvelle Révolution française, maintenant ! Et puisqu’ils veulent la concurrence, on va leur en donner, de la concurrence. On en chiera, mais on marchera toujours. Françaises, Français, il faut réveiller les grognards." Là on aurait pu commencer à discuter, mais ce qui me désole, et je suis gentil, c’est que votre discours simpliste jusqu’à l’os puisse rencontrer un si large écho. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de misère, qu’elle ne me révolte pas ou qu’il n’y a pas de problème majeur avec les banques. Je ne dis pas que le dernier stade de la cupidité humaine n’existe pas, mais je ne connais pas la complexité du système bancaire et je trouve pour le moins irresponsable de croire qu'avec de la dynamite qui sera au mieux un pétard mouillé au pire une catastrophe, on va mécaniquement faire le bonheur de l'humanité en général, et des plus pauvres en particulier. C’est tellement plus facile de détruire que de construire, de dire : "Il suffit de tout casser" ou de menacer de le faire. Les arbres poussent mal durant les incendies et la pire chose qui pourrait arriver est que le vôtre éclate et dure longtemps. Vous voulez planter un arbre de la liberté ? A la française ? J’applaudis. Mais je pense, sauf votre respect, que vous êtes encore plus mauvais que moi en jardinage, ce qui n’est pas un petit exploit. J’aurais aimé vous approuver, j’aurais aimé entendre à nouveau : "Mes amis, au secours !", j’aurais aimé une nouvelle insurrection de la bonté, un truc de fou, un truc de Français : la bonté financière. Vous attisez la colère, voir la haine, croyant sans doute sincèrement qu’un couteau sous la gorge peut résoudre un problème. "Qui m’aime me suive ?" Je vous aime mais je ne vous suis pas et, tant que vous persisterez dans ce discours, vous et moi, vous sous les projecteurs et moi perdu au fond du net, petite plume sans importance, nous ne jouerons pas dans la même équipe. Dommage : j'aurais pu vous apprendre à ne pas marquer de buts.



Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 18:10
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

Website: www.quelquesplumes.info