Petite Cassandre, tu ne sais pas encore lire, bien-sûr, mais ta maman te lira bientôt le mot de tonton Philippe, je pense dès qu’elle le verra en ligne.
Si tu savais comme l’arrivée de ton dessin, que j’attendais impatiemment jour après jour, me fait plaisir !
J’avais peur, à le voir tant tarder, qu’il ait fini mangé par un ogre ou capturé par une sirène qui aurait voulu garder mon portait. Si tu ne sais pas encore ce qu’est une sirène, tu demanderas à ta maman : elle te parlera d’elles aujourd’hui ou plus tard. Elle te parlera aussi de la Méditerranée et d’Ulysse qui a beaucoup voyagé avant de revenir chez lui.
C’est la première fois qu’un enfant fait un portrait de moi. Mes petites cousines ont déjà dessiné pour moi, mais je n’étais pas le sujet du dessin. C’est dire si j’ai le cœur qui bat à toute allure en écrivant ce soir pour toi.
Tu m’as dessiné avec ma chemise rouge, qui est, c’est vrai, l’une de mes préférées, avec la noire. Je vois l’épaule, les yeux, l’oreille, un peu de barbe, l’ovale du visage et le cerveau en pleine ébullition, comme souvent. Je n’ai pas compris pourquoi ce gros trait noir au niveau de la gorge. C’est vrai que j’étais enrhumé. As-tu voulu dessiner quelque chose qui ne voulait pas sortir ? Autre chose ? Dis-moi.
Avec ton cœur d’enfant, tu as bien vu les mouvements de mon cœur qui bourdonne. Jean-Joseph, un ami, m’a fait remarquer que le dessin occupait tout l’espace. « Ça veut dire que tu comptes beaucoup pour elle, a-t-il commenté. En tout cas, si j’étais pédopsychiatre, c’est ça que je dirais. » Jean-Jo est plein de fantaisie, mais c’est aussi un sage dès qu’il s’agit des enfants. Il a une adorable petite fille avec qui, l’avenir dira, tu joueras peut-être un jour.
Tu comptes beaucoup pour moi, tu sais, petite Cassandre. J’ai des photos de toi classées comme des trésors. Ce soir, grâce à Arthur, mon facteur magicien, je vais ranger précieusement un diamant de plus, en attendant de te voir un jour en Corse…