Elle s’appelle Lou. Vous ne saurez rien de plus d’elle, sinon que c’est le plus beau bébé de l’année 2010 et que ma tendresse pour elle n’a d’égal que celle je voue à Cassandre, dont c’est l’anniversaire dans quelques heures et qui est la plus belle des petites fées de trois ans que l’on puisse imaginer. Et je ne vous parle pas de Callista. Quiconque me cherchera querelle sur leur beauté devra, demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, m’affronter en duel, comme aux temps de Gascogne.
Trois mamans, trois sœurs d’amour que la vie m’a données, moi qui n’ai pas de sœur de sang. Parce qu’à ce niveau là, ce n’est plus seulement de l’amitié. Trois mamans dont vous ne saurez rien, ni d’elles, ni des papas, ni ne rien d’autre : je m’expose sur internet par choix artistique, je n’expose pas la vie privée de mes proches.
Emu comme un gros nounours, j’ai arpenté aujourd’hui Ajaccio à la recherche des boutiques de puériculture. Vlan patatras : fermées le lundi. Le temps de m’apercevoir que je faisais fausse route, que l’important, ce n’était pas de vider ma bourse plate en cadeaux que je leur ferais, mais d’accepter humblement les cadeaux qu’elles me font, que tous les nourrissons et les enfants font à l’humanité entière.
la promesse d’un paradis retrouvé
Car dans leur fragilité infinie, c’est le devoir de force qu’ils nous donnent ; à travers leurs petits doigts qui se serrent, leurs yeux qui ne savent pas, pas encore, quelles horreurs que nous sommes capables de vomir, c’est la promesse d’un paradis retrouvé qu’ils nous engagent à vivre ; car c’est à nous de nous mettre à genoux devant eux, et non à eux de lever la tête vers les ogres.
Oh bien entendu, il y a et il y aura l’éducation, les « non, là, je ne suis pas d’accord. » Mais je me demande profondément, ce soir, lequel des deux apprend le plus à l’autre à être adulte.
Et ces larmes qui me montent aux yeux. Cette envie de tricher par pudeur de mec. Ce sang qui est mon sang plus que mon sang. On ne choisit pas sa famille par la chair. Parfois même on a bien du mal à la supporter. On ne choisit pas non plus sa famille par l’esprit. Souvent on s’étonne beaucoup qu’elle nous supporte.
Je me suis trompé, beaucoup ; j’ai écouté et fait ce qu’on me disait de faire, trop souvent, piétinant mes rêves ; mais ce soir, tout me semble beau, joyeux, blanc, libre, ouvert, neuf comme une renaissance.
Ce soir, je voudrais embrasser la Terre entière, lui dire que c’est pas grave, que tout peut recommencer, qu’il suffirait d’un peu d’amour et de beaucoup de mercurochrome aux bleus du Monde.
Vous m’avez vu pleurer, l’année dernière : c’était le masciarellu qui mourrait en moi, ou plutôt non, qui est parti au Ciel en même temps que sa minane, tellement il l’aimait. Vous me voyez pleurer ce soir, moi à qui la vie n’a pas donné de descendance, pleurer de comprendre, sur un berceau et un sourire d’enfant, que je suis devenu un homme.