lundi, 25 janvier 2010 20:53

Gainsbourg (vie héroïque) : attachant, drôle, magistral !

Écrit par 
Évaluez cet article
(0 votes)


Hier soir, petite virée au cinéma pour Gainsbourg (vie héroïque), réalisé par Joann Sfar, dont c’est le premier film, lui si fécond en BD. Oh, je l’avais attendu, ce film, au point de guetter les critiques par le trou de serrure, mais sans les lire attentivement. Ne pas gâcher le cadeau, garder un peu de surprise.

Sorti du film emballé et conquis, je dois malheureusement me fendre aujourd’hui d’un billet trop court sur l’homme à tête de chou, ayant quand à moi une légère tête de lapin qui doit rendre tous ses articles avant de partir en vacances.

Gagnons donc du temps. Eric Libiot, à L’Express,  a très bien fait son travail et je suis d’accord avec lui, y compris pour la soupe aux poireaux. Dans la boutique d’en face, à L’Obs,  Nicolas Schaller confesse quand à lui son éblouissement. Bon, il y a bien des crémeries pas satisfaites, mais, pour un personnage polémique comme Gainsbourg/Gainsbarre, l’unanimité aurait sans doute été le plus mauvais des signes.

Je reviendrai sur ce film et je me précipiterai sur le DVD dès sa sortie, comme je prendrai le temps de savourer tous ses à-côtés. En deux mots, c’est une merveille de sensibilité, d’humour, de pudeur, mais aussi une réflexion (d’autant plus efficace qu’elle a l’air de faire l’andouille) sur le daïmon.

J’ai eu la chance d’interviewer Joann Sfar du temps d’auteurs.net, pour une de ses BDs de Donjon. Nous nous étions retrouvés, cela ne s’invente pas, en bas de l’avenue des Gobelins. C’était en 2001, ce qui, l’air de rien, nous fait prendre un p’tit coup de vieux. J’avoue avoir un peu perdu de vue depuis son œuvre prolifique, mais j’ai retrouvé hier des lignes de force déjà en place à l’époque : la désinvolture élégante, l’importance des monstres, mieux, l’idée que, quelque part, les personnages les plus intéressants sont tous des monstres. En 2001, il me disait déjà, parlant du collectif Donjon « Ce qui nous intéresse, ce sont les moments où les héros ont des failles et où ils sont fragiles. Nous voulions aussi les rendre attachants et drôles. » Gainsbourg (vie héroïque) est droit dans cette lignée.

Sans dévoiler le film, je voudrais simplement mettre à jour deux détails qui ont peut-être échappé aux commentateurs (je l’ignore, je n’ai pas lu toutes les critiques) ou que les articles publiés n’ont pas mentionné faute de place. D’une part, le Gainsbourg de Sfar est un cousin d’Un homme d’exception, un cousin qui doit beaucoup au goût du réalisateur pour les monstres hérités des jeux de rôles et des marionnettes du Muppet Show. Souhaitons-lui autant de récompenses. Mais les récompenses ce n’est rien. Elles ne sont jamais que des rayons de soleil dans la carrière d’un réalisateur. Quelle importance ? Soyez bien attentifs, d'autre part, à l’apparition de Brassens dans le film, le généreux Brassens qui chante « La lumièr' que je préfère / C'est cell' de vos yeux jaloux/ Tout le restant m'indiffère/ J'ai rendez-vous avec vous ! » Elle est peut-être là, la clé du conte, dans tant de générosité, d’amour de son sujet comme du public. Cher Joann, nous ne nous sommes pas vus depuis des années et vous m’avez certainement oublié : un journaliste parmi d’autres. Quelle importance ? Hier, pile à l’heure, j’étais au rendez-vous.

 

Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 19:31
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

Website: www.quelquesplumes.info