jeudi, 02 juillet 2009 22:02

N'entrera pas dans la Légende

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Quelle déception ! Voulant varier les plaisirs après le festival de BD, je pensais trouver une valeur sûre dans Legend de Ridley Scott avec Tom Cruise en vedette. Hélas, quand la recette manque, les meilleurs ingrédients ne sauvent pas la sauce.




Je ne pensais pas, pourtant, être loin du cœur de cible : bercé aux livres dont vous êtes le héros, rôliste depuis mes 13 ans, lecteur de Tolkien, ancien adolescent s'affichant avec une ki-rin (licorne ailée) autour du cou, lecteur des Mille et Une Nuits et et des Mille et Un Jours, de Pierre Dubois, de Shakespeare (trop peu), je n'aurais jamais imaginé devoir, un jour, dire du mal d'un film de fantasy.
J'ai d'abord pensé à une injustice de ma part. Certes, Legend est si englué dans le premier degré qu'il devient très pénible voir indigeste à suivre, mais cela n'est-il pas dû à notre habitude des seconds degrés des Shrek ou de la vision stéréoscopique des Harry Potter, où le familier devient étrange et l'étrange familier, non pas tant pour nous immerger dans la féerie que pour apprendre aux adolescents à décoder le monde des adultes ?
Il y a de cela, mais il existe un contre-argument de taille, je vous en parlerai en détail dans quelques temps. Legend date de 1985 et a, à mes yeux, très mal vieilli, si tant est qu'il fût jeune un jour. A l'opposé,  Rob Reiner, seulement deux ans plus tard, signait un chef d'œuvre avec The Princess Bride. Ce film semble d'ailleurs le négatif de Legend : une merveille de scénario, pas de maquillage, un grand moment à passer en famille. Je serais curieux de savoir s'il la réponse était volontaire.
Que dire d'autre, si ce n'est que n'est pas Shakespeare qui veut et que convoquer naïvement un lutin qui parle en vers, une fée calquée sans imagination sur Clochette, des gnomes sans surprise, des licornes qui hennissent au ralenti (ou étais-je déjà abruti au début du film ?), un homme-enfant sauvage au sourire niais (Doux Jésus, est-ce bien le même Tom Cruise qui jouera Lestat en 1994 ?) a failli me faire ranger le DVD dans sa boîte sans autre forme de procès.
Mais, en matière de fiction, j'ai l'esprit pervers et j'attendais, comme on attend l'entrée en scène de Tartuffe, le démon rouge de la jaquette, le Seigneur des Ténèbres. Visuellement, c'est la plus belle réussite du film. Tim Curry, méconnaissable, taureau-démon non dénué d'une certaine majesté, m'a confirmé dans une intuition désagréable que j'avais eu dans les premières scènes : j'ai lu ici et là que Legend était manichéen, ce n'est pas tout à fait exact. D'abord, l'adjectif n'a pas grand chose à voir avec la vraie pensée de Mani (mais je vous parlerai d'Amin Maalouf un autre jour). Ensuite, et finalement, dans Legend une curieuse inversion s'opère et ce sont les goblins qui deviennent sympathiques, tout bêtement parce qu'ils ont un chouïa plus d'épaisseur que les gentils. Pire même, que penser de Jack (Tom Cruise) qui, pour combattre les ténèbres, ment, rompt ses serments, utilise la ruse ? Le Seigneur des Ténèbres, certes mauvais et meurtrier, est loyal et même amoureux, ce qui le rend quelque part attachant. Par opposition à Jack, il est fidèle à ses valeurs maléfiques.
L'espace d'un instant, on croit même entrevoir un autre film, une variation sur la Belle et la Bête, conte lui-même issu de la vieille histoire d'Eros et Psychée, c'est dire qu'à ce stade l'abrutissement était dépassé depuis longtemps et que l'on s'était gentiment endormi sur sa chaise.
Voulant peut-être viser exclusivement les enfants, Ridley Scott a tout misé sur une esthétique de carton-pâte, confondant imagination et images. Son scénariste, dont on taira charitablement le nom, ne semble pas avoir connu une grande carrière. S'il a continué dans la même veine, hélas, on comprend aisément pourquoi.
Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2011 19:33
Philippe Perrier

Écrivain
Rédacteur en Chef

Website: www.quelquesplumes.info