Enfant, je ne disposais guère que d’Astérix en Corse (Tintin ayant boudé la Corse, quel scandale !) comme repère dans l’imaginaire BD de mon île. Depuis L’Enquête corse de Pétillon, et il faut s’en réjouir, les BD corses se multiplient. Je vous avais déjà parlé de Petru Santu et des Dalton ajacciens, autrement dit l’humour corse vu de l’intérieur. Voici ce soir la Corse vue par un pur Ch’ti : Delambre.
La première chose à dire, c’est que son album est une vraie réussite, confirmée par les ventes sur le terrain. J’apprends d’ailleurs que le tome 2, Le Diable au Corse, devrait paraître incessamment sous peu. Comment vous donner envie de le découvrir sans déflorer la surprise comique ? Disons pour commencer qu’il n’a pas grand-chose à voir avec l’ésotérisme grand public à la Dan Brown et que ce n’est pas ici (ou alors d’une manière si subtile qu’elle a échappé à votre serviteur) que vous en apprendrez plus sur la lignée de Marie-Madeleine. Ensuite, pour suivre une intuition, il me semble que pour exister à côté d’Astérix, merveille de scénario, chacun cherche sa place et son rythme propre. Pétillon, collègue de Delambre au Canard, était parti d’un plan d’histoire complète scandée par des scènes de quatre pages. Les Petru Santu ont leur propre format en une page. Le Da Vinci Corse a choisi le rythme le plus rapide, visiblement inspiré par la métaphore du feu d’artifice : des gags en deux, trois cases maximum, alternant pitreries visuelles en référence par exemple au jeu des 7 erreurs (Delambre a également commis un jeu des 7 familles corses, qui ne m’est pas encore tombé sous la main…) pitreries visuelles donc et jeu sur les paronomases (la requête, le racket, la roquette ou encore l’Etat de droit et les tas de gravats…), petites preuves (que ne renierait pas Petru Santu) que la Corse n’échappe pas à la mondialisation (Brice de Nice, Darth Vader…), explosions en gimmick, clins d’œil locaux (le festival de BD d’Ajaccio, la grotte Napoléon…), petites piques aux Corses (« racisti fora » est ma préférée, les Corses comprendront…), bref, on ne va pas tout vous dévoiler non plus. Delambre a un sens aigu du gag, du rythme, de l’orchestration comique. Quand j’entends les échos de l’actualité corse, j’ai parfois le blues. Heureusement qu’il y a des comiques comme notre Ch’ti pour changer le blues en bleu, le bleu en boum et le boum en éclats, éclats de rire, of Corse ;-)