L'air de rien, les organisateurs avaient bien fait les choses : à côté des stars qui n'ont plus rien à prouver siégeaient deux aventuriers de l'édition. Marc Tomasini, le premier, a fondé sa petite structure : Génération Durable production (en hommage à sa mère qui, à 89 ans continue d'écrire). Une petite maison d'édition : le moyen d'être en règle avec le fisc et l'Urssaf, de jouir d'une liberté totale et surtout de ne pas avoir à attendre une éternité que l'on veuille bien l'éditer. Son fil rouge est une histoire familiale qui débute dans le Cap Corse et se continue dans l'Alta Rocca, deux micro-régions où il a ses racines. La même soif de liberté anime François Plisson, qui préside aujourd'hui aux destinées des éditions La Fibule. Après vingt-deux ans de métier, notamment des Dargaud et chez Casterman, l'auteur, élève et admirateur de Franz Drappier, se lance en 2004, accompagné de son épouse, qui est aussi sa scénariste. Travaillant la matière de Bretagne, ils inventent une attachante série jeunesse Les Korrigans d'Elidwenn. Deux cousins, Solène et Benjamin découvrent un vieux carnet de cuir dans le grenier de leur grand-père et rencontrent des créatures féériques, des korrigans, tout autour de la maison. Preuve que l'indépendance peut payer, il s'est déjà écoulé 20 000 exemplaires des Korrigans.
Avant d'en venir, demain, à mes trouvailles, (subjectives, forcément subjectives), je voudrais terminer cette note par des retrouvailles, preuves que le monde de l'édition, quelque part est tout petit et que, pour l'avoir délaissé quelques années, je n'en ai pas perdu tous mes repères. Je ne saurais plus dire ce qui m'a attiré en premier chez Martine Muller et Jérôme Lereculey (prix fantasy 2009 comme je vous le disais vendredi). Je sais par contre ce qui, presque impulsivement, à motivé mon achat : Lereculey a commis deux albums avec Pierre Dubois, l'elficologue, conteur d'un charisme hors du commun, fasciné, transporté, que dis-je ensorcelé par son sujet. L'une de mes rencontres les plus marquantes à Paris. Je n'ai pas été déçu. Ni par Veillée funèbre (éd. Delcourt), adaptation d'une nouvelle de Gogol, une histoire de sorcière, ni par Séraphin et les animaux de la forêt, (toujours chez Delcourt) cours de science naturelle toute à fait sérieux, mais donné de manière ludique par un lutin. Un absent remarqué, du moins par votre serviteur, Jung, qui, à la dernière minute, n'a pu faire le déplacement. J'ai déjà dit ici combien Kwaïdan m'avait touché. Voir les piles de Jung m'a fait franchir le pas... et m'a permis d'obtenir des nouvelles que je vous retransmets ce soir. Jung, qui a signé depuis une autobiographie en BD, sera bientôt adapté au cinéma. On peut déjà voir le teaser ici. Le film traitera de ses racines, ou plutôt de son cruel manque de racines : l'histoire d'un enfant adopté, d'un petit Coréen semé aux quatre vents, comme il y en a 200 000 à travers le monde. Croisons les doigts pour que le film conserve la tension et l'émotion du teaser, qui est une vraie réussite.
Et sur ces mots émus, je vous donne rendez-vous demain pour la fin de ce survol rapide du festival.
